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Joseph SERRES
3 novembre 2025
Conférence de christian salenson sur les appels le 19 octobre à Connaux

Conférence de christian salenson sur les appels le 19 octobre à Connaux

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Annonciation et visitation

Christian Salenson

La Visitation a inspiré de nombreux pionniers et grands témoins du dialogue avec les croyants d’autres religions. Ce texte leur a permis de s’avancer dans une intelligence plus grande du mystère de la rencontre. Parmi eux et parmi ceux qui ont été les plus en contact avec l’islam, on peut citer Charles de Foucault, Louis Massignon, Jean-Mohammed Abd el Jalil, Christian de Chergé, et beaucoup d’autres. Ce récit est susceptible d’éclairer la mission actuelle de l’Eglise, en la libérant de tout prosélytisme, fut-il larvé, de son héritage colonial, des risques de dérives libérales. Mais ce texte de la Visitation donne toute sa signification si on le met en relation avec l’Annonciation et réciproquement. La liturgie morcelle l’Evangile pour nous distribuer jour après jour, notre pain quotidien. Ce découpage offre l’avantage de pouvoir prêter une attention soutenue à chaque texte mais au détriment parfois des liens intimes qui relient les textes entre eux. Lorsque l’on fait appel à l’intertextualité, de nouveaux trésors de sens sont offerts au lecteur/auditeur de la Parole. On peut penser que tel est le cas pour le lien qui relie l’Annonciation et la Visitation.

Tous deux concernent Marie mais tous deux concernent aussi l’Eglise et « toute âme croyante » en vertu du principe clairement énoncé par ce cistercien du XIIème siècle, Isaac de l’Etoile :

Dans les Ecritures divinement inspirées, ce qui est dit en général de la vierge mère qu’est l‘Eglise, s’applique en particulier à la vierge Marie ; et ce qui est dit de la vierge Marie en particulier, se comprend en général de la vierge mère qu’est l’Eglise. Et lorsqu’un texte parle de l’une ou de l’autre, il peut s’appliquer presque sans distinction et indifféremment à l’une et à l’autre. De plus, chaque âme croyante est également, à sa manière propre, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ, vierge et féconde. Ainsi donc c’est la sagesse même de Dieu, le Verbe du Père qui désigne tout à la fois l’Eglise au sens universel, Marie dans un sens très spécial et chaque âme croyante en particulier.

Ce principe herméneutique dispose le lecteur/auditeur de ces deux textes et de leur interconnexion à contempler l’œuvre de Dieu en Marie, dans l’Eglise et en chaque disciple. Les artistes ont perçu la richesse de ces récits. Personne ne sait le nombre d’œuvres d’art produites à partir de ces deux scènes bibliques. Beaucoup ont été touchés par le mystère inépuisable dont elles sont porteuses. Ils s’efforcèrent de nous donner à voir l’invisible. Ils les ont souvent représentées en vis-à-vis ou proches l’une de l’autre pour signifier leur interaction. Ils ont perçu qu’elles participaient étroitement à la Révélation que Dieu fait de lui-même. En essayant d’exprimer le mystère de la vie de Marie, ils avaient l’intuition qu’ils désignaient l’expérience de tout homme dans sa profondeur divine, le mystère de l’appel, celui de la rencontre et leur lien indéfectible.

L’annonce faite à Marie

L’annonce à Marie est un appel. Il commence par une salutation. Réjouis-toi Marie tu as reçu une grâce. Marie n’a aucun mérite, simplement une grâce qui comme toute grâce est à la fois gracieuse et gratuite. L’appel est toujours un don gratuit. La relation avec Dieu commence toujours ainsi car « ce n’est pas nous qui l’avons choisi mais lui qui nous a choisis qui nous a institués pour que nous allions et que nous portions du fruit ». Mais la grâce, tel un cadeau, n’est vraiment une grâce que lorsqu’elle est reçue dans une histoire humaine. L’annonciation marque le premier moment décisif du don fait à Marie et de son élection. L’Eglise aussi a reçu une élection. Elle participe à la mission de Dieu, Fils et Esprit, mais par pure grâce. Il lui est bon de s’en souvenir. Elle s’émerveille de sa participation à l’œuvre de Dieu en demeurant l’humble servante des Noces de Cana de Dieu et de l’humanité. Elle n’est pas l’initiatrice de la mission, ni la médiatrice du salut. Le Christ est le seul médiateur de cette alliance. Dans le récit de Cana qui est le premier signe accompli par Jésus, il le lui fait savoir et à travers elle il le dit à l’Eglise « Femme qu’y-a-t-il de toi à moi ? »

La grâce d’un appel

Chaque être humain reçoit la grâce d’un appel. Il ne dépend ni de ses compétences, ni de ses mérites, ni de son appartenance religieuse, ni de ses croyances car « Dieu ne fait pas acception des personnes ». Il se décline au long de sa vie en une multitude d’appels au fil des événements de son histoire. Don Louf, raconte qu’alors qu’il venait d’être élu père abbé de l’abbaye cistercienne du Mont des Cats, le cardinal Liénart l’encouragea et lui dit : « N’essayez jamais de vous imposer à vos frères. Bien sûr vous feriez très bien, mais la grâce peut davantage ». Il en fit le titre de l’un de ses ouvrages sur l’accompagnement spirituel. La tradition chrétienne aime à répéter : « je te salue Marie, pleine de grâce », peut-être parce qu’en célébrant Marie, elle grave la mémoire de la grâce de tous nos appels. Tu es bénie entre toutes les femmes ». On ne compare pas Marie aux autres femmes en disant cela, malgré la beauté et la singularité de son appel. On pourrait tout aussi bien dire que toutes les femmes et chaque femme est bénie en elle, car « Par toi Marie, Eve ne pleure plus », comme le dit la tradition de l’Eglise. Aucun appel n’est comparable à un autre. La comparaison génère la rivalité qui est la maladie mortelle de la fraternité/sororité. Mieux vaut dire avec le psalmiste : La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage ». Aucun appel n’élève quelqu’un au-dessus des autres. Chacun a reçu la plus belle part puisque c’est la sienne ! Et qu’elle est incomparable !

Un état d’Esprit

Marie se demandait ce que signifiait cette salutation. Toute salutation est par définition annonce d’un salut. Sous les apparences d’un simple bonjour, appris dans sa tendre enfance comme un geste de politesse, se cache en fait la finalité de toute rencontre. La première parole de Jésus ressuscité est « Salut ». Ainsi s’adresse-t-il dans l’Evangile de Matthieu aux femmes myrophores. Tout est dit ! Il ne pouvait trouver mot plus approprié au moment même où le salut venait de s’accomplir une fois pour toutes. Saluer quelqu’un revient à lui dire qu’il est déjà sauvé, en même temps que l’on formule le souhait que cela s’accomplisse dans le concret de son existence. Certaines langues savent particulièrement bien exprimer la profondeur  divine de toute salutation : Salud, Salve, Adisias en occitan (que tu sois à Dieu ! ), Shalom en hébreu, Salam en arabe: la paix. Etc. Jésus donne la recommandation aux disciples qu’il envoie : « Dans toute maison où vous entrez, dites : « paix à cette maison ». Plus que des mots, il indique aux disciples de tous les temps, un état d’Esprit. Le dialogue pastoral vécu par des prêtres ou des laïcs dans l’accueil, la préparation des sacrements ou des funérailles commence normalement ainsi.

Marie réfléchissait et elle était troublée. Elle n’a pas fini d’être bouleversée au long de son existence. L’Ecriture dit qu’elle méditait les événements dans son coeur, indiquant par ces simples mots la posture du disciple face aux événements de l’histoire et de sa propre histoire. Dans l’annonciation, il s’agit du premier appel, de « l’appel décisif », comme dit le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes. Il est décisif car il ouvre un nouveau chemin de vie. D’autres, beaucoup d’autres, viendront au cours de situations diverses et variées. Ils dessineront ultimement ce que Louis Massignon appelait « la courbe de vie ». Mais pour l’heure, elle ne sait pas vraiment ce qui lui arrive. Elle est bouleversée et elle réfléchit. Lorsque quelqu’un entend un appel il est bon qu’il réfléchisse mais sans chercher anticiper car généralement Dieu ne donne pas de feuille de route ! Le jour où une personne répond à un appel décisif, conjugal, ministériel, professionnel ou autre, elle ne sait où cela la conduira. Elle est en droit de nourrir quelques craintes. Chez Marie elles sont visibles. Les peintres n’ont pas manqué de les exprimer, allant jusqu’à montrer un certain retrait de Marie. A tel point que l’ange lui redit : « Ne crains pas ! » Si Marie a connu la crainte, les nôtres sont légitimes. Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que j’ai les compétences ? « Comment cela se fera-t-il ? » dit Marie. A toutes ces questions, l’ange n’a qu’une réponse : « Tu as la faveur de Dieu », littéralement « tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». Pour conjurer ses peurs, L’Eglise devra constamment revenir à la source de son appel. Le disciple devra se souvenir qu’il est appelé à telle ou telle vocation apostolique ou pastorale, à telle ou telle responsabilité familiale ou professionnelle par grâce, par pure grâce, par faveur divine et c’est pourquoi le disciple aime à répéter : de Toi dépend mon sort.

Disciple-missionnaire

A la source et au fondement de toute mission confiée, se trouve le lien intime entre Dieu et Marie, entre Dieu et l’Eglise, entre Dieu et chaque être humain. Toute vie se décide dans l’intimité de ce lien. Le baptisé qui a conscience de sa mission devra se souvenir que personne n'est missionnaire s’il n’est disciple. La volonté missionnaire peut même facilement égarer, comme le montre l’histoire de l’Eglise, avec les meilleures intentions du monde. Rien ne garantit au missionnaire qu’il est réellement disciple. Il peut suivre sa volonté propre, idéaliser ses représentations de l’évangélisation, son idéologie parfois et décider lui-même des chemins de la mission, en toute bonne foi, ou plutôt en toute bonne générosité ! Qui connaît les voies de Dieu ? Qui sait ce que Dieu veut pour telle ou telle personne ? Dieu seul est missionnaire. C’est pourquoi le seul vrai témoignage n’est pas celui que nous voulons donner mais la part de sainteté qui est en nous. Seule la sainteté de l’Eglise est missionnaire. Le reste n’est souvent que volonté propre. Le missionnaire n’est pas sûr d’être disciple mais le disciple est sûr d’être missionnaire, souvent à son insu. On ne peut séparer le disciple du missionnaire ni imaginer une antériorité du missionnaire sur le disciple. Voilà pourquoi on parle de disciples-missionnaires, dans cet ordre et avec un trait d’union ! et cela ne s’adresse pas d’abord aux chrétiens qui ont une responsabilité pastorale mais en priorité à tout baptisé dans son apostolat du quotidien. Chacun devra revenir constamment à l’appel reçu, à l’unique d’une relation, à l’amour premier qui fonde sa vie. Jean-Paul II, conclue Redemptoris missio, en disant : « le véritable missionnaire c’est le saint ».

L’appel est avant toutes choses et reste du début à la fin, une relation d’amour entre Dieu et une personne. En dehors de cela, il dévie et peut même se perdre dans un surcroît d’activités, d’agitations, d’engagements. A contrario la force de ce lien offre à celui qui s’y livre une puissant désir et un courage qui lui permettront de surmonter bien des obstacles.

Tu concevras

Une mission est proposée à Marie. Elle est libre dans sa réponse. Comme le dit Jésus à la veille de sa passion : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne ». Le porteur de l’annonce lui dit : « Tu concevras ». Marie est vierge ! Personne ne conçoit tout seul. On ne peut pas chanter à propos de Marie, la chanson de Goldmann « elle a fait un bébé toute seule ! » Précisément, ce fut parce qu’elle était vierge qu’elle put divinement concevoir. L’Eglise aussi est vierge. Elle non plus ne fait pas des bébés toute seule. Elle n’a la capacité ni de concevoir, ni d’enfanter, par ses propres moyens. L’Eglise de France en fait l’heureuse expérience en ce moment. Avec les catéchumènes, elle voit arriver des enfants dont elle a de la peine à comprendre comment ils arrivés là ! Elle n’y est pas pour grand-chose ! Elle met au monde des enfants dont elle ne sait pas d’où ils viennent. Cette fécondité est signée du passage de l’Esprit. On peut être très efficace tout seul. On n’est pas fécond tout seul. En un sens il faut être « vierge » pour concevoir et enfanter, avoir renoncé à l’efficacité, y compris pastorale. Ce mystère de virginité est décisif pour le diocèse, pour le ministère, pour l’apostolat. Alors Marie s’entend dire : L’Esprit saint viendra sur toi … Marie ne demande pas l’aide de l’Esprit saint, comme on le fait souvent. Elle ne le prie pas de réaliser ses vœux. Elle est disponible à l’œuvre de L’Esprit. L’Esprit, Lui, est libre. Il est comme le vent. Il n’est pas tenu de répondre à nos prières de demande, telles que nous les formulons. Il n’est pas obligé de suivre les orientations, fussent-elles diocésaines, ou les choix pastoraux de l’Eglise. Les méthodes d’évangélisation, lorsqu’ils visent l’efficacité, sont d’une utilité relative dans la mission. Si elles prétendent à l’efficacité, peut-être alors tombent-elles sous le coup du reproche de Dieu à David lorsqu’il lui prit l’idée de compter ses troupes. J’ai souvent expérimenté, parfois avec humour - surtout lorsque ce n’était pas à mes dépens ! - que l’Esprit ne se laisse enfermer dans aucune structure, orientation ecclésiale ou générosité personnelle. Parfois, il ne respecte même pas le droit canon !

Marie n’a décidé ni de son appel, ni de la forme de sa mission, ni du moment favorable. Plus encore force est de constater qu’en apparence au moins, les chemins de l’Esprit ne sont pas conformes à la vie d’une jeune fille de son âge, promise en mariage, engagé dans un lien de fidélité avec Joseph. Sa réputation, son mariage et sa vie elle-même sont désormais durablement compromises. Elle est même en danger de lapidation. Souvent l’Eglise au cours de son histoire a dû emprunter des chemins qui n’étaient pas politiquement corrects. L’initiative revient à l’Esprit dont les critères ne sont pas les nôtres. Personne ne décide de son appel ni de sa mission. Par contre chacun est libre de dire oui ou non, à toutes les étapes du parcours. J’ai connu un prêtre qui, fraichement ordonné, a quitté le ministère. Lorsqu’il a compris qu’il était libre de partir et que personne ne mettait la pression pour le retenir si tel devait être son choix, il a pu dire oui à son appel, et revenir en toute liberté à sa vie consacrée. Pour des raisons que j’ignore, le séminaire ne lui avait pas permis d’avoir cette liberté. J’ai aussi connu des couples qui se sont quittés pour pouvoir mieux se retrouver. La liberté est une question délicate.

Selon ta Parole

Marie dit : oui ! Fiat ! Mais elle ne dit pas simplement oui. Elle dit littéralement : que tout se passe selon la parole de toi. Christian de Chergé faisait remarquer à ses frères moines que le oui à Dieu ils l’avaient déjà dit. « Nous avons donné notre vie à Dieu en gros, mais le problème est qu’il nous la demande au détail ! » Marie dit Oui à Dieu. Ce oui fondamental est décisif et doit être donné en pleine liberté, sans être oblitéré par des obligations de toutes sortes, de vieilles culpabilités recuites, une générosité incontrôlée, que sais-je encore ? Mais il reste que le don de sa vie se joue dans les détails. « Que tout se passe selon la parole de toi », dit Marie. Et elle ne sait pas ce qui va se passer. L’Eglise aussi dit « Oui ». Elle le dit, elle le confesse, elle le célèbre, elle le proclame avec beaucoup de sincérité… Et puis il faut le traduire dans le concret de son existence.

Marie ne sait pas que pour enfanter non seulement un enfant mais un fils, il faudra le perdre trois jours dans le temple car on ne peut garder que ce que l’on a accepté de perdre. Elle ne sait pas que ce Fils lui fera savoir où est sa juste place. Elle ne sait pas qu’elle l’enfantera encore à la croix lorsqu’elle veillera debout, dans l’espérance, « portant seule jusqu’au bout l’espoir du monde ». Stabat mater. L’Eglise non plus ne savait pas qu’aujourd’hui elle devrait vivre une nouvelle étape de transformation profonde, après deux mille ans, qu’elle devrait redécouvrir son identité catholique (au sens théologique du mot), approfondir son propre mystère, vivre une conversion pastorale, retrouver une vie vécue de façon synodale pour être l’humble servante de l’humanité. Et chacun de nous ne savait pas au jour de son appel les étonnants chemins que la vie lui réservait.

Si l’on arrêtait la lecture à la fin de ce récit lorsque l’ange la quitte, le texte serait inachevé. L’ange a dit à Marie : « Réjouis-toi ». Rien ne nous dit dans le récit de l’Annonciation qu’elle le fit. On peut s’en étonner. Il lui a dit par deux fois : « Tu es comblée de grâce » mais on n’entend aucun mot de louange ou d’action de grâces sortir de sa bouche. On nous dit qu’elle est préoccupée par son propre appel, troublée même et qu’elle réfléchit. L’ange la quitta sans avoir entendu de Merci.

Visitation

Le texte dit : « elle se leva ». Littéralement : elle s’est mise debout et le texte utilise le mot anastasis qui désigne la résurrection. Et elle s’en alla, avec hâte, précise le texte. En notre temps où chacun est un peu replié sur lui-même, on lui aurait surement conseillé de prendre soin d’elle, de se préserver, de s’économiser, d’écouter ses émotions… Marie se met en route. Elle est poussée de l’intérieur à se rendre chez Elisabeth, qui vit une situation semblable. Elle n’est pas vierge, elle est stérile. Elle part en toute hâte. Marie visitée, part en visite. Tout se passe comme s’il fallait se porter urgemment à la rencontre d’Elisabeth. Nombreuses sont les lectures que l’on peut faire de cette rencontre et c’est à juste titre que l’on y voit la rencontre de la jonction entre le premier testament et le second. Aucune lecture n’est exclusive. Telle est la richesse des Ecritures.

Le mystère de la Visitation parle à l’Eglise de sa vocation particulière dans l’histoire du salut. Elle se porte elle aussi à la rencontre des peuples, des cultures, ou des personnes dans la singularité de leur vie. Elle ne s’annonce pas elle-même. Elle ne peut se complaire dans son élection. Elle la pervertirait en privilège. Elle n’est pas au centre. Elle n’est pas le but. Elle n’est pas le Royaume, elle n’en est que « germe, signe et instrument ». Elle est dans la situation de Marie qui a reçu une bonne nouvelle. Libérée de son exclusivisme, elle sait de mieux en mieux que l’autre aussi est porteur d’un message, d’une foi, d’une parole. Cet autre peut être une culture, une religion, ou une personne. Elle croit que l’Esprit saint a été répandu dans tous les cœurs et aussi dans les cultures et les religions : « la présence et l’activité de l’Esprit ne concerne pas seulement les individus mais la société et l’histoire, les peuples, les cultures, les religions ». Le dialogue interreligieux tout comme le dialogue pastoral se fonde sur cette foi en la Parole que porte l’autre. Cette foi modifie la relation pastorale. Dès lors le plus urgent n’est pas d’enseigner, de vouloir convertir mais de rejoindre le dialogue d’amour que Dieu a entrepris avec une personne qui a reçu elle aussi un appel en propre.

Il y a un lien entre l’enfant que porte Marie et celui que porte Elisabeth. Il y a un lien entre la Bonne Nouvelle de l’Evangile et la parole que porte l’autre, par sa culture, sa religion, ses appartenances. L’Eglise se hâte dans la rencontre de l’autre avec toute la richesse de la Parole qui l’habite pour se mettre à l’écoute de la parole de l’autre. L’Eglise, en agissant ainsi, approfondit son propre mystère. Elle peut alors « méditer sur l’œuvre de tes mains et s’avancer libre et confiante vers le matin de sa Pâques ».

Elle entra

Que fait Marie lorsqu’elle arrive chez Elisabeth ? Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Telle est la première démarche de la mission. Elle ne prend pas la parole pour lui parler d’elle, lui donner son témoignage, annoncer la Bonne Nouvelle. Il faut commencer par entrer chez l’autre, s’intéresser à ce qui lui arrive, prendre le temps de lui demander comme Philippe au fonctionnaire éthiopien de raconter ce qui l’occupe : « comprends-tu ce que tu lis ? » ou ce que tu vis ? L’Eglise commence par s’intéresser à la culture d’un peuple, à ce qui le fait vivre. François nous a demandé d’être des « ethnologues spirituels ». La Prière universelle lors de la messe dominicale témoigne de la qualité de cet amour vivant, circonstancié pour un peuple. Marie salue Elisabeth. L’ange l’a salué. Elle salue à son tour. Jésus a salué les femmes au tombeau. Il recommande à ses disciples de porter la paix et de ne pas « passez de maison en maison » sans s’arrêter chez personne. « Nourrissez-vous de ce que l’on vous servira » et non de ce que vous aimeriez que l’on vous serve. Elle entra et elle salua. Tout commence par un salut parce que le salut est le but final de la mission. L’apostolat comme le ministère pastoral, ordonné ou confié, nous apprend l’importance de l’accueil et de la disponibilité intérieure de celui qui accueille. « N’emportez rien », dit Jésus aux disciples. « N’emportez que la paix ! » Nos savoir-faire, nos convictions, nos programmes ne doivent pas occulter la gratuité de la rencontre. La salutation, au double sens d’un geste d’accueil et d’une hospitalité offerte, engage la fécondité de la rencontre. La Visitation dessine un certain visage de la mission. Sortir de chez soi, aller en toute hâte, entrer chez l’autre et le saluer. Le pape François nous a laissé en héritage l’invitation à penser l’Eglise, en sortie d’elle-même.

Tressaillement

D’où vient que l’enfant qui est en moi a tressailli ? Christian de Chergé dit que « vraisemblablement l’enfant qui est en Marie a tressailli le premier ». Il n’y a pas de mission, de vrais rencontres sans ce frémissement intérieur du disciple. Lors de l’homélie au stade vélodrome à Marseille le 23 septembre 2023, le pape François commentant la Visitation s’est arrêté sur le tressaillement, en soulignant d’une part que « l’expérience de foi provoque avant tout un tressaillement devant la vie » et que « l’expérience de la foi provoque un tressaillement devant le prochain ». L’Eglise tressaille devant la vie et devant les hommes. « Tressaillir c’est être touché de l’intérieur », dit-il. Pour Marie et Elisabeth, cela passe par « la tendre étreinte entre deux femmes » . Pour tous, « la visite de Dieu n’a pas lieu à travers des événements célestes extraordinaires mais dans la simplicité d’une rencontre ».

De l’appel à la rencontre

Il faudra la rencontre de Marie avec Elisabeth pour que l’appel de Marie parvienne à son accomplissement. Christian de Chergé l’exprime magnifiquement. Il dit : « Elisabeth a libéré le magnificat de Marie ». Nous avions remarqué que, bien qu’il lui ait été dit qu’elle était comblée de grâce, elle n’avait pas répondu sur ce point à la salutation angélique. Curieusement, et cela mérite de retenir notre attention, ce sera dans la rencontre avec Elisabeth que Marie pourra enfin dire son Magnificat. Il ne vient pas au moment de l’annonce. Il vient dans la rencontre. Maintenant le cantique nouveau peut jaillir des profondeurs de sa foi et de son expérience humaine. La rencontre parachève son appel. La mission complète l’élection, le missionnaire accomplit le disciple.

Elisabeth a accueilli Marie dans sa maison. Un même tressaillement les habite. Elles se sont reconnues. Elles se sont parlées. Elles se sont laissées traverser par la parole de l’autre. La rencontre a eu lieu et chacune est pour une part révélée à elle-même. L’annonciation s’accomplit dans la Visitation. Et il en va ainsi pour l’Eglise. Elle ne connaît pas la joie de son appel à être l’humble servante des Noces de Dieu et de l’humanité sans la rencontre de l’autre. Il lui faut rencontrer « les joies et les espoirs de hommes des hommes de ce temps» pour être vraiment l’Eglise. «  C’est en effet l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut rneouveler ». Il lui faut rencontrer les autres chrétiens, les autres religions, les diverses cultures pour prendre la mesure de son appel. Elle peut reprendre les mots de l’apôtre : « malheur à moi si je n’évangélise pas ! » non à cause d’une quelconque culpabilité ou d’un devoir à accomplir mais parce qu’elle connaît la joie de son appel dans et par la rencontre des hommes.

Et cela vaut pour le disciple qui ne se porte par vers l’autre pour dire ce qu’il sait ou raconter ce qu’il croit avoir compris du mystère de la foi mais parce qu’il a besoin de la parole de l’autre pour rentrer lui-même dans le mystère de Dieu avec les hommes, y compris son propre mystère. Marie a besoin d’Elisabeth. Chacun a expérimenté en quelques moments privilégiés, ce mystère de la rencontre, où ce que porte l’un trouve écho dans ce que porte l’autre ; la joie éprouvée lorsque la parole de l’un traverse la vie de l’autre et réciproquement. Le terme de dialogue exprime à merveille cette expérience : dia / logos. Dia : à travers. Etre traversé par la parole de l’autre. En fait ces deux paroles ne sont qu’une unique Parole car elles ont une Source unique. Chacun connaît alors la joie de découvrir par et dans la rencontre de l’autre la richesse qui l’habite, la parole qu’il porte. On a besoin de l’altérité pour accéder pleinement à soi.

La rencontre de l’altérité religieuse

En ayant médité sur les signes des temps et tout particulièrement sur la Shoah, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Eglise a compris qu’elle devait entrer en dialogue avec le peuple juif, avec les autres chrétiens, avec tous les autres croyants et les diverses religions. Elle se comprend mieux elle-même comme Eglise du Christ quand elle ouvre ses portes à tous ceux qui sont appelés à « l’unité catholique du peuple de Dieu à laquelle appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés et les fidèles catholiques et ceux qui par ailleurs ont foi au Christ et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut ». Elle comprend mieux sa mission d’humble servante de l’unité des hommes avec Dieu et des hommes entre eux.

La mission comme Annonce et Visitation

Nous comprenons alors que la mission est fondamentalement Annonce et Visitation, appel et rencontre, disciple et missionnaire. Ne confisquons pas l’annonce. L’Annonce vient de Dieu lui-même, quelles que soient les médiations car « Il a plu à Dieu de se révéler lui-même » comme le dit la constitution conciliaire sur la Révélation. A l’instar de Marie, l’initiative revient à Dieu et l’appel constitue la première démarche de la mission. Il faudra constamment revenir à son appel premier et accueillir tous les nouveaux appels disséminés au long de l’existence. Heureusement le changement d’ecclésiologie de Vatican II qui est en cours, a permis de reconnaitre cet appel dans toutes les vocations et chez tous les baptisés avec une égale dignité, clercs ou laïcs. L’appel n’est pas réservé à des vocations particulières, pas même aux chrétiens. Tout homme reçoit l’appel de Dieu, même s’il n’en a pas une conscience vive. Le croyant lui-même n’en prend pas toujours la mesure. Cet appel se décline en de multiples appels au fil des événements et des rencontres. Chacun y répond dans sa liberté. Parfois le « non » qu’il opposera à un moment lui permettra par la suite de mieux prononcer le Oui dit à sa vie ! Si l’appel tombe sur une terre vierge, disponible, comme ce fut le cas de Marie, la réponse n’en sera que plus belle, libérée de toute tendance à l’efficacité ou à la maitrise, dans une plus grande docilité à l’Esprit.

L’élection court un risque, celui de s’enorgueillir de son appel. L’élection peut se dévoyer en un privilège. La tentation existât chez le peuple juif. Elle fut présente dans l’histoire de l’Eglise jusqu’à avoir développé à la période moderne, un exclusivisme ecclésiologique : hors de l’Eglise pas de salut ». Elle peut exister en chacun prenant parfois la forme d’une prétendue supériorité catholique ou, selon l’état de vie, d’une revendication cléricale. L’élection est une « faveur de Dieu » à laquelle on répond par un chant d’action de grâces, un magnificat, et, autant que possible, par le don de sa vie, « en gros et au détail », sous les formes les plus diverses de l’existence. A chacun son élection et comme chacun est unique et que nous sommes une multitude d’uniques, il y a multitude d’élections incomparables.

L’appel se révèle dans la rencontre. L’annonce faite à Marie trouve son plein accomplissement dans la rencontre avec Elisabeth avec qui elle peut exprimer toute la joie de son appel. Un nouveau chemin s’ouvre devant elle. L’Eglise n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle épouse la vie des peuples, ou quand elle accompagne des personnes sur les chemins de leur vie. Chacun connaît la joie de la rencontre authentique. Elle permet de comprendre ce qui nous arrive, de voir ce que l’on n’avait pas vu, de prendre la mesure de son appel. Elle est la forme commune de l’apostolat. Il ne s’agit plus alors d’un quelconque prosélytisme, ni d’un projet de conversion de l’autre mais de lui permettre de dire « ce qui lui arrive », de discerner les signes, d’accueillir la Parole qui l’habite. Les rencontres sont diverses. Certaines sont décisives, d’autres sont plus circonscrites, certaines sont exceptionnelles, beaucoup sont communes, certaines s’inscrivent dans la durée, d’autres sont éphémères. Toutes sont potentiellement porteuses d’un surcroît de vie, d’un salut. Diverses sont les rencontres mais Unique est la Parole. Personne ne sait à l’avance ce que le Verbe peut communiquer dans la plus humble des dialogues.

Les multiples visitations introduisent progressivement au mystère de la Rencontre. Dieu se communique aux hommes de manières diverses et variées, à commencer par la beauté de sa création mais la voie royale reste la rencontre, puisque lui-même l’a choisie pour se révéler aux hommes. Ce mystère est grand.

Paul VI a trouvé une belle expression pour tenir ensemble sa grandeur et sa simplicité

« L’enfant y a accès, le mystique s’y épuise ! »

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Extrait d’article de l’intervention de Mgr O Leborgne évoque d’Arras suite aux événements, dans...

Francois DESMOULIERE
20 octobre 2023
Le "Dialogue" vu par les Nîmois ...

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15 mars 2023
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